DE LA RACINE AU PINCEAU, ENTRE COULEURS ET SAVEURS

LE PIGMENT : DES ORIGINES AUX POUVOIRS

Les mots PIGMENT et PIMENT ont la même racine étymologique, pigmentum, en latin, lui-même dérivé de pingere : broder, tatouer et peindre. En son temps, pigmentum désignait ‘une matière colorante’ ainsi que ‘les propriétés tinctoriales des aromates et des épices’, c’est-à-dire à la fois ‘la couleur pour peindre’ et ‘le suc des plantes’ ! Ce n’est qu’à partir du XVIIème siècle que le mot PIMENT fut usité en langue française. Que ce soit en en grec, en italien ou en anglais, il n’y a pas de traduction pour le mot Piment, qui est englobé dans le mot ‘Poivre’, contrairement au mot PIGMENT qui possède sa traduction dans les trois langues. Pour aller plus loin, en grec, il n’y a pas de distinction entre le mot PIGMENT et le mot COULEUR, puisque la langue grecque utilise le même mot ‘Chroma’.

Le PIGMENT est une matière colorée plus ou moins colorante, d’origine organique ou inorganique, naturelle ou artificielle que l’on utilise pour teinter une surface. Son rôle est d’apporter de la couleur et de l’opacité à la couche picturale, c’est une charge de couleur.

Pour élaborer une peinture à partir de pigments, bien souvent insolubles dans l’eau, dans l’huile, dans la résine ou d’autres milieux, plusieurs étapes sont nécessaires dont le broyage, l’ajout d’un liant, d’un agent de charge et/ou d’un solvant.

Un pigment naturel est d’origine soit minérale (inorganique), soit végétale ou animale (organique). À l’inverse, un PIGMENT ARTIFICIEL est d’origine synthétique, issu de minéraux, de métaux ou de la pétrochimie. Les pigments naturels d’origine minérale sont extraits du sol, lavés puis rincés. Ils sont ensuite broyés, parfois calcinés et enfin ensachés. Les plus connus sont les ocres, les terres de Sienne ou les terres d’ombre et les oxydes. Quant à ceux d’origine végétale, ils s’extraient à partir de feuilles, de fleurs, de racines ou d’écorces de plantes tinctoriales, tels les chlorophylles et les tanins pour les plus connus.

On dénombre beaucoup plus de colorants végétaux que de pigments d’origine végétale. Les plus connus sont utilisés pour la teinturerie, l’industrie alimentaire, la pharmacopée ou encore la cosmétique. Une technique consiste également à greffer des colorants végétaux sur un support minéral afin de les rendre insolubles et opaques : on parle alors de laques. Ce procédé appelé ‘mordançage’ est connu depuis l’Antiquité.

En fonction de leurs origines, les pigments demeurent un matériau riche et complexe, dont l’utilisation implique quelques connaissances scientifiques. Leurs caractères d’opacité, de résistance à la lumière, de stabilité dans le temps, varient selon leur nature et aussi en fonction de la forme des grains. Le pigment, ce n’est pas que de la poudre colorée ! C’est aussi un composé subtil de substances, qu’il soit d’origine naturelle ou artificielle, qui peut s’avérer toxique en raison de sa volatilité ! (D’où les recommandations d’usage à suivre.)

‘Apprendre avec la tête, avec le cœur et avec les mains’
de J.H. Pestalozzi

DU PIGMENT AU PINCEAU

Précédemment nous avons distingué les pigments naturels des synthétiques, de nature organique ou inorganique. Mais qu’en est-il de leur pouvoir de coloration ?

Les matières colorées naturelles, d’origine inorganique ou dites ‘minérales’, sont souvent de couleurs très vives mais elles n’ont pas de réel pouvoir tinctorial. C’est le cas du lapis-lazuli et du bleu de cobalt, du vert émeraude, du jaune et du rouge de cadmium.

À l’inverse, les pigments d’origine organique, végétale ou animale ont un fort pouvoir colorant, une fois délayés avec un liant ou mieux travaillés en laques.

À partir du XIXème siècle, beaucoup de pigments naturels ont été reproduits par synthèse chimique dans des laboratoires. Le bleu Guimet reproduit l’outremer extrait du lapis-lazuli (au vu du prix de la matière première, on a vite développé son équivalent de synthèse) ; l’alizarine remplace peu à peu la teinte rouge de la garance, l’indanthrène se substitue à l’indigo.

Les pigments de synthèse obtenus en chimie minérale sont obtenus après un traitement chimique de certains minéraux tels les sulfures et oxydes métalliques (ainsi que le fer, le plomb, les cadmiums, les chromes, les cobalts, le mercure, le titane…)

Quelques marques de peinture font de la résistance en conservant un savoir-faire artisanal à travers des techniques de broyage de minéraux, à l’image de Daniel SMITH qui distribue dans le monde entier une aquarelle extra-fine sous la gamme Prima Tek.

Entre l’évolution ou la révolution, en tant que consommateurs, nous pouvons nous poser la question de l’attitude la plus respectable à tenir pour l’environnement. Est-il préférable d’acheter des peintures issues de la pétrochimie ou des peintures élaborées à partir d’extraction de minéraux ? Le dilemme porte à réfléchir…

Ce qui est certain, c’est qu’en élaborant nous-mêmes nos peintures, nous avons le pouvoir d’agir sur nos choix dans notre sélection des ingrédients, des pigments aux matières premières servant de liants, de solvants et de conservateurs.

La voie du milieu est peut-être celle qui me correspond le plus. Mon engagement pour une pratique picturale à partir du travail du pigment brut est indissociable d’une attitude raisonnée. Je vous proposerai prochainement de me suivre à travers quelques démonstrations picturales.  

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