03. Permaculture | Design

AUTANT DE DESSINS À DESSEIN

28 janvier 2023 par Ludwige Caracters

LA PERMACULTURE EN PRINCIPE

Permaculture-sociale-jardin-économie-durable-Lorsque j’entendis parler de ‘Permaculture’ pour la première fois, ce fut dans une salle des professeurs, en 2012. Une collègue projetait de partir s’installer à la campagne pour y vivre selon les principes permacoles. Je me souviens avoir été intriguée, je lui avais demandé alors de m’expliciter ce terme, que j’interprétai comme ‘une culture de la permanence’. Je me souviens aussi n’avoir rien compris à ce qu’elle tentait de m’expliquer…

Entretemps, la littérature spécialisée s’était considérablement enrichie. J’avais commencé à me documenter, dès 2018, parallèlement à mon engagement dans la pédagogie par la nature (PPN). J’avais rapidement perçu des valeurs communes entre les 2 pratiques, en sus de quoi je me formais à des pratiques en peinture intuitive.

Mes démarches croisées m’amenèrent à puiser en moi des ressources en dormance.Afin de donner corps à mes intuitions, je décidai de réaménager le terrain de la Maison d’Assistante Maternelle que je venais d’intégrer (suite à ma démission de l’Éducation Nationale). J’ignorais, en créant notre permapotager, qu’il deviendrait auprès des enfants un tel support de médiation. Après avoir passé beaucoup de temps à observer la vie sur ces 3 petites bandes de terre dont nous disposions, exposées respectivement ‘sud-est’, ‘plein sud’ et ‘sud-ouest’, après en avoir listé les ressources et les contraintes, je conçus un design, à commencer par les zones de circulation. Les contraintes constatées (le fait d’être locataire, d’être en rez-de-jardin d’une résidence de 2 étages, de ne pas avoir une épaisseur de terre suffisante, de ne pas résider sur place, et de ne pas avoir accès à l’eau en extérieur) me conduisirent à opter pour la prudence, en reconsidérant mon projet à la baisse.

Je commençais ‘petit’ et j’allais pas à pas. J’appliquai l’un des premiers principes de la permaculture : faire avec l’existant et prendre soin du vivant, à commencer par la régénération de la terre, avec patience et résilience. D’un côté je devais m’accommoder d’une terre appauvrie, et de l’autre nous avions la chance d’avoir dans la continuité, un petit parc privé où trônent 2 pins majestueux qui abritent une diversité d’oiseaux.

Mue par la volonté de protéger et d’accueillir la puissance du Vivant, la richesse et la valeur de la biodiversité, j’expérimente au quotidien les principes fondateurs de la permaculture, conjointement à ceux de la pédagogie par et dans la nature. Loin d’être une ‘spécialiste’, le bonheur que me procure le travail en extérieur m’enseigne l’humilité. C’est comme si en dispensant des soins au Vivant, je me soignais moi-même. J’ai tellement fait l’expérience de ces migraines qui, au contact du jardin, se résorbent par elles-mêmes…   Évidemment, je reconnais que, passée la phase d’enchantement ou la chance du débutant, il m’arrive de commettre des erreurs, mais c’est la preuve que j’avance : ne dit-on pas qu’« il faut parfois se planter pour pousser » !

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L’ALLIANCE DE L’ART ET DE LA SCIENCE

   Avoir un esprit créatif, la main verte et de la bonne volonté, cela ne suffit hélas pas à conduire un projet permacole sur le long terme. Après le temps de l’euphorie vient le temps des remises en question. Un des aspects qui me plaît le plus en permaculture se rapporte au cadre lui-même ; certes il y a la philosophie, avec ses valeurs de liberté, mais il y aussi les connaissances et les savoir-faire à acquérir. À mes yeux, une pratique permacole bien conduite doit être fondée sur une recherche constante d’un équilibre, lui-même garant de la création d’un système holistique. Et c’est bien là toute la spécificité du DESIGN, soit l’alliance de la Fonction et de l’Esthétisme. L’un n’allant pas sans l’autre. La SCIENCE, dans ce qu’elle permet de concevoir des systèmes durables, fertiles et résilients, et l’ART, dans ce qu’il génère de beau et d’harmonieux dans la conception des paysages. D’un côté, l’application de démarches rigoureuses, de l’autre l’art de la composition, et les deux en quête d’une biodiversité. La Nature elle-même ayant été, de tout temps, une extraordinaire source d’inspiration pour les scientifiques et pour les artistes.

   En tant que peintre, je dirai que la démarche picturale en Védic Art® se rapproche de la démarche permacole. Ces pratiques étant toutes deux fondées sur une recherche du non-effort, posture selon laquelle l’application des principes serait une sorte de grammaire, qui avec l’expérience, aboutirait naturellement au lâcher-prise. Le processus prévaut sur le résultat, et comme en peinture, la permaculture n’est pas une destination mais un voyage dans le monde de l’infini. Les obstacles étant perçus comme autant de sources de créativité. La peinture de Fabienne Verdier, artiste peintre-calligraphe, évoque en cela les mystères de la nature, de l’importance du geste qui trace – de la métamorphose du point en trait – et du tracé comme vecteur de lien entre l’artiste et le cosmos.

   Établir un parallèle entre le ‘point’ en peinture et la ‘graine’ en permaculture relève d’une pensée très personnelle. Ces liens subtils me font penser que le chemin auquel je me destine présage d’être initiatique…

UNE PUNK-ATTITUDE VERTE

   On peut être PUNK et JARDINIER ! Vraiment ? Au-delà du look, c’est à l’état d’esprit considéré comme ‘rebelle’ qu’Éric Lenoir, https://www.instagram.com/la_ronce__/, fait allusion dans son Petit traité du jardin punk, paru en 2018. Inutile de vous dire, pour ceux et celles qui me connaissent, qu’en tant qu’enfant des années 80’ et ‘plasticienne’ (ne m’étant jamais totalement départie d’un certain style punk & new-wave), l’idée qu’un paysagiste reconnu puisse associer la culture punk au jardin, m’amuse terriblement. Je ne suis donc pas obligée de troquer mon habit sombre ou mes tenues bariolées pour un bleu de travail. Je sais bien que l’habit ne fait pas le moine mais je sais aussi qu’il permet d’entrer à l’abbaye !

   Un vent de rébellion semble donc souffler du côté de l’agroforesterie et ce n’est pas pour me déplaire. J’ai toujours entretenu une méfiance envers les clichés et envers les dogmes. Quand j’étais étudiante en 1996, à la faculté d’Arts Plastiques, nous avions l’injonction de ne pas fréquenter l’école des Beaux-Arts. Il fallait choisir son camp ! Convaincue du fait que la richesse en toute créativité provient de la diversité des sources d’inspiration, et, plus concrètement, des partages d’expériences entre pratiquants, quels que soient les domaines, je m’arrogeais le droit de tisser des ponts et des passerelles. J’ai donc étudié l’Esthétique, j’ai flirté avec l’artisanat d’art, puis avec le design, la communication ou encore le marketing… sans jamais me revendiquer d’un seul camp ! Si loin que mes expériences ont pu me mener, quelques années plus tard, du haut de ma quarantaine bien entamée, me voilà présentement arrivée ‘au champ’ ! Retour à la case départ, puisqu’ayant grandi à la campagne.

   Enfant, je trouvais l’expression ‘avoir la main verte’ totalement absurde. Je ne comprenais pas pourquoi d’aucuns étaient pourvus de cette main tandis que d’autres en étaient dépourvus : était-ce inné ? une sorte de ‘don du ciel’ ? Plus tard, adolescente, je percevais dans les louanges des uns faites aux autres un semblant de justification à ne pas prendre soin du Vivant : « Tu comprends, toi tu as la main verte ! ». Ce n’est qu’une fois adulte que j’ai osé affirmer que prendre soin du Vivant relève du pouvoir de tout un chacun. En cela la permaculture est une formidable philosophie de vie, applicable au quotidien, pour tous et à tout âge. Elle est un processus transgénérationnel, grandissant au-delà de l’espace et du temps, incluant tous les êtres vivants dans le grand cercle de la guérison. Il est question de régénération : ‘Nous sommes la Terre’. Par cette simple phrase, Tich Nath Tan nous dit tout de notre rapport au monde actuel, à savoir la différence de vision du lien de l’Homme au Vivant, entre celle que portaient nos ancêtres et celle débattue de nos jours. Le fait même d’invoquer la ‘régénérescence’ n’indique-t-il pas de fait l’existence préalable d’une ‘dégénérescence’ ?

   Sans faire ici l’historique de l’émergence de la Permaculture, ni de ses courants associés, je résumerai en une phrase le mot d’ordre commun aux permaculteurs, que j’emprunte une fois de plus à Éric Lenoir, lorsqu’il sous-titre son Petit traité du jardin punk : ‘Apprendre à Désapprendre’. Une ligne de conduite sur laquelle cheminer, et qui aujourd’hui fait écho à l’une de mes phrases de sagesse en Védic Art® : ‘Plus on sait, moins on sait’. Le concept de permanence dans l’impermanence sur lequel est fondée la pratique permacole renvoie de facto aux notions de ‘créativité’, de ‘liberté’, en passant par le ‘mouvement’, et donc de l’histoire de la ‘VIE’. Qu’est-ce qu’être vivant, aujourd’hui en 2023 ? Dans la grande quête de la préservation de notre environnement, nous sommes de plus en plus nombreux.ses à nous engager sur la voie d’un retour aux bonnes pratiques. Le simple fait d’enrichir nos observations sur le terrain par des allers-retours théorico-pratiques et d’en partager les données, fait grandir la communauté des permaculteurs.trices. Compte tenu de l’urgence climatique, autant se rendre à l’évidence : il est urgent de renverser certains modèles et de renouer avec d’autres, plus anciens, par exemple en ré-ensauvageant nos territoires (des campagnes aux villes).

   Étant donné la quantité de matière à débroussailler dans le temps imparti, l’heure n’est plus à la tergiversation. ‘Venez comme vous êtes !’, un pied-de-nez à un slogan très connu d’une organisation qui ne veut pas que votre bien… 

La vie est ainsi faite, qu’elle nous conduit parfois à rencontrer des personnes inspirantes…cette collègue qui allait semer en moi pour la toute première fois le concept de ‘Permaculture’ : c’est Caroline, qui en semant des graines de bonheur écologique sur son chemin, nous inspire au quotidien.  

https://lengraineuse.wordpress.com/

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